Dégustation années 1990

par Luc

Je vous l’avais promis pour hier, ce sera aujourd’hui. A ma décharge, les Fêtes arrivent et je me suis transformé en livreur propre sur lui…

J’ai donc participé à une dégustation de « vieux » millésimes de vins genevois en compagnie de quelques collègues vignerons, parmi les meilleurs du canton. (Ne me remerciez pas ;-) )
Intéressante à plusieurs titres:

  • Un point « historique » d’abord. Les années nonantes ouvrent la renaissance du vignoble genevois avec l’avénement de nouveaux cépages, la création de plusieurs caves indépendantes et un virage qualitatif certain. Les vins issus de ces millésimes sont donc vinifiés à partir de vignes jeunes, voire de première récolte. Et aucun vigneron ne savait comment vinifier ces raisins. Cela pèse sur certains vins et cela explique en partie quelques déceptions.
  • L’oenologue cantonal était présent et nous a donné quelques chiffres sur les rendements des différentes années. Il est surprenant de constater que les rendements étaient encore bien élevés il y a une dizaine d’années. On oublie vite! Heureusement le deuxième millénaire est parti sur de meilleures bases.
  • Une surprise, confirmée par d’autres dégustations, les blancs ont un meilleur potentiel de garde que les rouges. Et surprise de la surprise, les Chardonnays (barriqués ou pas) se faisaient allégrement dépasser par ce bon vieux Chasselas. Phénomène étonnant, peut-être en partie explicable par une utilisation pas toujours maîtrisée du bois. La discussion se fera à ce propos sur l’intérêt et la fréquence du bâtonnage.
  • D’ailleurs une grande partie des vins barriqués ont posés question lors de cette dégustation. Il semble clair que ces vins évoluent plus rapidement, grâce ou à cause(?) de la micro-oxygénation fournie par le contenant. Nous devrons sans doute prendre en compte ce point à l’avenir.
  • Phénomène surprenant: la présence de Brett dans une grande proportion de rouges. Ce qui est un réel défaut oenologique aujourd’hui était quasiment un signe de qualité il y a peu!
  • Enfin, une longue discussion sur les vins de cépages versus les assemblages. Certains estimant que les vins d’ »auteur » ne peuvent être que des vins de cépages exprimant un terroir et des pratiques oenologiques. D’autres, dont je suis, pensant pouvoir offrir des vins d’assemblage sans verser dans le commercialement correct.
  • La partie la plus intéressante fut la discussion ouverte sur ce qu’il faut tirer comme conclusion de cette dégustation. Quel avenir pour nos produits? Quels styles de vinification? Quels types de vin? Un vin de vigneron ou un vin de consommateur? Continuer à boucher nos « grands » vins avec des bouchons? ou assurer nos bouteilles à l’aide de fermeture à capsules?

Voilà, j’ai eu beaucoup de plaisir à participer en compagnie de quelques très talentueux collègues à cette dégustation.
Pour le plaisir, je vous donne les deux coups de coeur des personnes présentes. (si je me mets à faire de la pub pour les collègues ici! ;-) ):
-Chardonnay 1997 – Domaine Hutin, Dardagny
-Pinot Noir 1998 – Les Curiades, Lully

P.S. J’ai quand même gardé à l’esprit que ceci était, permettez moi le terme, une certaine masturbation intellectuelle, car aucun des vins dégustés n’est commercialisé depuis belle lurette. Pire, le 99,9999999% est bu depuis longtemps.

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